Histoire de l’Etang de Berre


L’Etang de Berre : origine

Il y a environ 8000 ans, au cours de la dernière glaciation, l’érosion creuse le site de l’Etang de Berre qui se trouve isolé de la mer lors du réchauffement.

Le premier Canal de Caronte est creusé par les armées du général romain Marius en 104 avant Jésus Christ. Il relie l’Etang à la mer Méditerranée au niveau de Martigues. La salinité de l’Etang va s’établir. Elle s’accroit au fil du temps jusqu’à pouvoir exploiter les salins dont on a retrouvé trace dans les archives dès le 5ème siècle. Pendant des siècles, les activités humaines n’altèrent pas l’Etang. Les coquillages abondent, la pêche est fructueuse.

Voir aussi ...


Et les activités humaines s’en mêlent :

En 1863, le creusement à 3m de profondeur du Canal de Caronte permet à des navires de commerce de venir dans l’Etang pour profiter de ce superbe espace de communication. Deux autres creusements à 6m (en 1874) et 9m (en 1924) sont le début des agressions que subira l’Etang et qui vont s’aggraver au 20ème siècle. En 1924, le percement du Tunnel du Rove reliant l’Etang au Golfe de Marseille pour permettre la circulation des péniches, crée une voie d’eau et établit une nouvelle salinité proche de la salinité de la mer Méditerranée.

Voir aussi ...


Une qualité de vie dans un cadre encore préservé :

Au début du 20ème siècle, l’équilibre eau douce/eau salée permet à l’Etang de connaître une faune et une flore qui font le bonheur des riverains. Les animaux et les végétaux sont florissants. Le stock de poissons est abondant : les enfants de l’entre-deux guerres « ont été élevés aux poissons de l’Etang ». Le site est apprécié de tous et même des citadins qui le fréquentent volontiers dès lors qu’un cabanon ou une plage peut les y accueillir. Les eaux de baignade sont souvent préférées à celle plus froides et moins accessibles de la mer. L’ère du tourisme débute et l’étang devient une zone de villégiature d’envergure régionale. On peut aussi noter une avancée dans la technique moderne avec l’apparition de l’hydro-aviation et le premier vol sur l’Etang de Berre d’Henri Fabre (1910).

L’étang rencontre l’industrie :

A la suite de cette période d’équilibre dont les anciens sont à jamais nostalgiques, l’Etang de Berre connaît ses premières grandes mutations : Le Tunnel du Rove mis en service en 1925, favorise la navigation commerciale de Marseille jusqu’au Rhône.

Dès 1929 avec l’installation des industries pétrolières. L’étang est inclus dans une logique productiviste nationale. Ces industries se développent et les emplois et les richesses qu’elles offrent favorisent le développement ou la création de villes autour de l’étang. Les eaux jusque alors préservées sont dans un premier temps souillées par les usines qui se soucient peu de la pollution induite. La qualité de l’air est également en régression. Il faut produire prioritairement ! En 1957 la pêche professionnelle est interdite dans l’étang. Cependant, assez rapidement les industriels ont conscience des nuisances provoquées et s’efforcent durant les décennies suivantes, avec l’aide du SPPPI, de remédier aux trop fortes agressions que subit l’étang. Au début des années 70, la pollution des eaux de l’étang par les industries pétrochimiques s’est très fortement améliorée.

Voir aussi ...


L’étang est gravement menacé :

En 1963 le Tunnel du Rove s’effondre et la circulation d’eau avec la mer à son niveau est interrompue.
Une grave pollution d’une autre nature apparait en 1966 avec l’apport d’eau douce des eaux de la Durance déviées au barrage hydroélectrique de Saint Chamas. Toujours dans une logique de développement économique (production d’électricité et irrigation agricole de la Basse Durance), les eaux de la Durance captées au barrage de Serre-Ponçon, sont déviées et permettent de construire une chaîne de centrales hydroélectriques, se terminant par la chute d’eau de Saint Chamas : elle rejette dans l’étang de manière brutale et irrégulière des quantités énormes de limons et un volume d’eau douce (4 milliards de m3 en moyenne par an) destructeurs pour l’étang.


Les écosystèmes aquatiques commencent à être fortement impactés. Des espèces disparaissent, les anguilles prolifèrent, la collecte des coquillages se perd et une mauvaise image de l’étang s’installe durablement dans l’esprit du public.


La flore sur la partie nord du Grand Etang est arrachée et/ou recouverte de limons. Les limons les plus lourds provoquent un envasement permanent au pied de la Centrale, envahissent en pellicule plus ou moins dense l’ensemble de l’Etang, les plus légers contribuant à la turbidité des eaux du Grand Etang11L’étang par son site et ses conditions de navigation rares permet cependant le développement de sports nautiques, malgré une qualité des eaux insatisfaisante.

Voir aussi ...


La prise de conscience, le début du combat vers la réhabilitation :

Les riverains prennent conscience peu à peu de la gravité des agressions que subit l’étang et des nuisances imposées à leur cadre de vie. Les décennies 1980 et 1990 voient monter l’exaspération de n’être jamais consultés ni entendus. Les élus du pourtour de l’étang se réunissent au sein d’un Syndicat intercommunal (1987). Le référendum d’initiative locale « Référendum pour la vie », mobilise toutes les énergies des acteurs de l’étang et connait un résultat remarquable : 95% des 110 000 votants se prononcent pour l’arrêt immédiat des rejets de la centrale EDF. Ce succès, fruit d’une intense sensibilisation des riverains, permet de médiatiser la problématique de l’étang et d’y intéresser d’autres élus, l’Etat et les instances européennes qui contraignent la mise aux normes des stations d’épuration des communes riveraines et du bassin versant.

Le plan Barnier impose la limitation des rejets de limon et d’eau douce ; la centrale hydroélectrique doit réduire fortement son activité. En 1994 la pêche est à nouveau autorisée, mais les évolutions de l’écosystème ont modifié la flore aquatique essentielle aux poissons. L’Etat crée en 2000 le GIPREB, groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre. De nombreuses études et rencontres scientifiques sont conduites pour mieux identifier les racines du mal et tendre vers des solutions. En 2012, le GIPREB devient un Syndicat mixte et poursuit ses actions vers la réhabilitation de l’étang.

Voir aussi ...


La qualité des eaux s’est améliorée, et les actions concrètes voient le jour :

Les contraintes imposées pour limiter les rejets et maintenir une salinité acceptable ont permis une amélioration de la qualité des eaux. Le retour vers la baignade est possible sur des sites aménagés. La demande de loisirs nautiques progresse. En 2013, la signature du « Contrat d’Etang » officialise le financement et le lancement de plus d’une centaine d’actions au profit de l’étang, pour un montant global acté de 112 millions d’euros. Nombre d’entre elles sont actuellement en cours de réalisation. Le programme s’étale sur six ans. Beaucoup reste à faire pour retrouver une salinité accueillante pour de nombreuses espèces qui ont quitté l’étang ou qui y souffrent. Il faut enrayer la prolifération des algues. L’industrie perdant du terrain, une autre économie, un meilleur équilibre pour la faune et la flore et pour la qualité de vie des riverains sont envisageables.

Les projets pour demain :

Le projet de la remise en circulation de l’eau entre la mer et l’étang au Tunnel du Rove (« courantologie ») est acté et va entrer dans sa phase finale d’étude avant mise en œuvre. Plus gigantesque encore, mais réalisable avec volontarisme, le retour des eaux de la Durance vers le Rhône (« dérivation ») devrait rendre à l’étang un avenir digne de ce site exceptionnel. Seule cette dérivation des eaux douces et des limons permettra d’atteindre les objectifs ambitieux de la réhabilitation de l’étang essentiellement dépendante de la qualité de l’eau.

Voir aussi ...